6. Les lettres pastorales




        Dans les "Pastorales", le thème de l'agapè n'est pas abordé en tant que tel. Les quelques occurrences significatives que nous avons retenues citent le mot dans un contexte qui le place parmi d'autres sans lui accorder d'importance particulière.

        Ainsi en I tm1,5, l'auteur cherche à préserver l'amour, au sens de bonne entente au sein de la communauté, en évitant les querelles stériles d'écoles doctrinales. Que signifient concrètement les expressions "cœur pur", "bonne conscience" et "foi sans feinte", lesquelles sont indiquées ici comme génératrices d'agapè ? Ces qualités se rencontrent-elles indépendamment ou préalablement à l'agapè ? N'en sont-elles pas les fruits ? Certainement l'amour ne peut être sans leur présence, mais peut-on dire qu'il en procède ?

        Le second passage (I Tm 1,14) présente moins de difficultés. Ici, l'auteur fait dire à Paul un constat que ce dernier ne désavouerait pas : la fidélité et l'amour de Jésus Christ surabonde en grâce (cf Rom 5,20).

        La troisième citation retenue (I Tm 2,15) l'utilise dans une problématique précise, la lutte contre certaines tendances gnostiques. Il y est dit que la femme peut être sauvée en devenant mère - traduction sans doute préférable à "par la maternité"[1]- , la condition du salut n'étant pas liée à cet état, mais introduite par ἐan : « si elle demeure dans la foi, l'amour et la sanctification avec modestie ». Bien sûr, la portée de ces considérations est relative au contexte sociologique de l'époque, il reste que la tournure de la phrase serait peu probable sous la main de Paul, chez qui l'ambiguïté de ce genre de contingence est absente.

        Enfin les deux derniers versets (I Tm 6,11 et II Tm 2,22) sont très semblables à la fois dans le conseil formulé et par le vocabulaire employé. L'auteur y énumère les qualités propres à un serviteur de Dieu, en même temps qu'il enjoint de fuir les sources de conflits et d'errance. Sont successivement listés la justice, la foi, l'amour, la paix d'un côté, la patience, la douceur de l'autre, et la piété uniquement dans la seconde. Il n'apparaît donc aucune hiérarchie ni dépendance de l'un par rapport à l'autre. L'agapè est prise comme une vertu chrétienne parmi d'autres. Il convient de la pratiquer comme l'on exerce la justice ou persévère dans la foi.


        Dans les Pastorales, l'agapè a perdu de l'importance capitale que lui a toujours attribué l'apôtre Paul. Par contre y ressort le poids désormais accordé à la piété[2]. La vision de Paul, où l'amour de Dieu à transmettre aux hommes est la sève vitale de toute son action, s'institutionnalise dans le respect d'un héritage dont il convient de se montrer digne.

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[1] Contrairement à la TOB (6e édition), ainsi la Bible de Jérusalem 2000 et E. COTHENET, Les pitres pastorales, C.E. 72, p.50.

[2] La racine euseb. apparaît 13 fois dans les Pastorales pour un total de 22 fois dans l'ensemble du N.T.